Quelle est la place des femmes dans l’espace public ?

EQUALIciTY 3 novembre 2017

59 % des femmes dans le monde disent subir en ville du harcèlement verbal au moins une fois par mois selon le tour du monde réalisé par l'association Womenability : 25 villes dirigées par des femmes visitées sur 5 continents. Quelle est la place des femmes dans l’espace public ? Voilà, la question à laquelle TEDxChampsÉlysées Women a tenté de répondre le 3 novembre 2017 lors de son évènement organisé à la salle Pleyel : EQUALIciTY.

Vaste sujet que celui de la place des femmes dans l’espace public, qu’il soit réel ou virtuel. Pour la 3e année, j’ai eu la chance de participer au TEDxChampsÉlysées Women : en 2015, en tant que spectatrice, en 2016 comme bénévole et, depuis cette année, parmi les membres de l’organisation. Une expérience riche, notamment humainement, mais qui part d’un constat inquiétant : les femmes sont sous-représentées voire complément mises au ban de l’espace public !

La question interroge à l'heure actuelle depuis que de nombreuses récentes dénonciations d'agressions ou harcèlements sexuels ont permis de mettre le sujet au cœur de l'espace public justement. Et vendredi 3 novembre, près de 2 000 spectatrices et spectateurs ont participé à la salle Pleyel à la 4e édition des TEDxChampsÉlysées Women.

Du harcèlement de rue au cyberharcèlement…

59 % des femmes dans le monde disent subir en ville du harcèlement verbal au moins une fois par mois. Voilà ce qui ressort du tour du monde réalisé par les 3 membres fondateurs de l'association @Womenability. Au total : 25 villes dirigées par des femmes visitées sur 5 continents. Tout est né de l’expérience d’Audrey Noeltner, urbaniste, qui, alors qu’elle se rendait au travail sur son vélo, s’est faite insulter par un passant : « Elle est belle ta chatte, j’aimerais bien la fourrer. »

Une mauvaise expérience qui lui donne l’idée d’un tour du monde. Objectif : montrer comment, à travers la planète, les femmes vivent la ville, pointer les inégalités et s’inspirer des meilleures pratiques.

Parmi elles : cabines d’allaitement dans les aéroports de New York, Vélib’ avec siège enfant à Hambourg, rampes pour les poussettes et skateparks réservés aux filles tous les lundis à Malmö, cours de jujitsu gratuits pour les femmes au Japon.

Mais aussi des initiatives plus originales comme à Wellington où la maire a remplacé le bonhomme des feux tricolores par la silhouette de Kate Sheppard, célèbre suffragette néo-zélandaise. À Kaifeng, chaque jour à 19 h, des milliers de femmes se réunissent dans les rues pour danser, à Montevideo, elles arrosent leurs harceleurs avec des pistolets à eau, etc.

Et sur le web ?

L’espace public, ce n’est pas que la ville, ce n’est pas que la rue, ce ne sont pas que les transports ou les établissements publics… C’est aussi les médias et surtout internet. Saviez-vous par exemple que Marion Seclin, comédienne et vidéaste, est aussi « championne de France de cyber-harcèlement » ?

Aure cas d’actualité avec la journalise Nadia Daam qui, depuis sa chronique du 1er novembre sur Europe 1 dédiée aux attaques contre le numéro « anti-relous », est la cible de nombreuses insultes et menaces : attaques contre ses comptes électroniques, injures pornographiques, menaces de mort, de viol et sur son enfant, tentative d’intrusion à son domicile au milieu de la nuit... La raison ? La journaliste a dénoncé le sabotage du numéro de téléphone anti-relous, destiné à aider les femmes victime de harcèlement.

Après 25 000 messages reçus et plus de 20 000 insultes recensées, le numéro destiné à se débarrasser d'un homme insistant ne répond en effet plus. Une initiative victime de la haine mais aussi de son succès !

Balance ton hashtag

EQUALIciTY éhgalité dans l'espace publicMais l’espace virtuel n’a pas que du mauvais, loin de là ! Il reste aussi un espace d’expression hors norme dont les femmes se sont depuis peu emparées. Depuis octobre 2017, « Balance ton porc », lancé par la journaliste française Sandra Muller, « metoo », « MyHarveyWeinstein » ne cessent d’affoler Twitter libérant la parole de centaines de milliers de femmes dans le monde. Et le 3 novembre, #EQUALIciTY était même en Top Trend France sur Twitter !

Plus que de simples hashtags, un vrai mouvement de libération dont se sont emparés les femmes du monde entier pour dénoncer les actes d’agression ou de harcèlement sexuel dont elles ont été victimes. Et les chiffres sont alarmants. Si on étend au harcèlement moral et/ou verbal, il devient difficile voire impossible de trouver une femme qui, un jour, n’en n’a pas été victime !

Les femmes dans la rue

La bonne nouvelle est que, désormais, la société toute entière est au courant et prend le sujet au sérieux. Un mouvement relayé par les politiciens : la secrétaire d’État à l’égalité femmes – hommes, Marlène Schiappa, prépare ainsi une loi pour punir le harcèlement de rue. Pour information, l’injure publique en France est passible de 12 000 euros d’amende !

Mais il y a des femmes auxquelles on s’intéresse (trop) peu : les femmes sans-abri. Mais où sont-elles ? Car, en effet, on les voit souvent moins que les femmes. Et pourtant :

En France, 40 % des sans-abris sont des femmes. Elles sont environ 7 000 à Paris selon le documentaire réalisé par Claire Lajeunie en 2015 : Femmes invisibles, survivre dans la rue.

Claire Lajeunie était l’une des 16 intervenant-e-s au TEDxCEWomen cette année avec un message fort : « Regardez-les ! » Un message adressé plus particulièrement au public féminin de la soirée car la lutte contre les inégalités commence aussi entre les femmes elles-mêmes.

Le sujet est encore tabou : même s’il reste très difficile d’obtenir des estimations précises, pour Agnès Lecordier, présidente de la fondation du même nom, environ une femme SDF sur trois a déjà été agressée. Pire, en France, selon l'association Entourage, une agression sexuelle sur une femme SDF a lieu toutes les huit heures !

Pour celles et ceux qui l’auraient manqué, vous pouvez le visionner sur Dailymotion :
http://www.dailymotion.com/video/x385aql

Les enjeux des espaces publics sur l’égalité femmes-hommes

Le mercredi 11 octobre dernier, TEDxChampsÉlyséesWomen organisait sa conférence de presse pour présenter son 4e évènement : EQUALIciTY.

L’occasion de révéler également les conclusions du sondage réalisé par OpinionWay pour TEDxChampsÉlyséesWomen auprès de 1 059 Français-es, partenaire de l’évènement sur le thème : Les enjeux des espaces publics sur l’égalité femmes-hommes.

Il en ressort principalement que :

  • 82 % des Français estiment que les discriminations et violences sexistes dans l'espace public sont trop fréquentes.
  • Pour 61 % des Français, les hommes sont traités avec plus de respect que les femmes dans l’espace public.
  • 86 % des Français attendent des actions efficaces pour lutter contre le harcèlement de rue et le cybersexisme.
  • Les 3/4 des français craignent que leurs enfants subissent du cyberssexisme et du harcèlement de rue.
  • 59 % des Français estiment que les mouvements de citoyens sont le rempart le plus efficace contre les problèmes d’égalité femmes-hommes dans l’espace public.
  • 82 % des Français estiment que les enjeux d’inégalités dans les espaces publics doivent être une priorité pour les pouvoirs publics.
Sondage OpinionWay Place des femmes dans l'espace public
Sondage OpinionWay pour TEDxChampsÉlyséesWomen : Place des femmes dans l'espace public

Une prise de conscience de la part des citoyen-ne-s qui donne de l’espoir… à condition que les actions de la part des pouvoir publics suivent ! Qu’en est-il alors plus précisément de la France et, en particulier, de sa plus grande ville, Paris, l’une des 16 % de villes françaises à avoir une femme pour maire ?

 

Safaa Monqid : « La ville est violente et virile, conçue par les hommes pour les hommes »
Maître de conférences à l’Université de Paris III – Sorbonne Nouvelle, Safaa Monqid a publié en 2014 une étude très complète sur la question intitulée Femmes dans la ville. Rabat : de la tradition à la modernité urbaine (éd. Presses universitaires de Rennes).

Lire mes interviews des membres du comité d’inspiration TEDxChampsÉlyséesWomen :

Paris, 3e ville la plus sûre au monde pour les femmes

Une récente étude de la fondation Thomson Reuters publiée en octobre 2017 met en avant lale rapport aux femmes au sein de 19 mégapoles mondiales de plus de 10 millions d'habitants. Et bonne surprise : Paris se classe en 3e position TEDxCEWomen EQUALIciTYdes grandes villes les plus sûres derrière Londres et Tokyo !

Si la capitale britannique se distingue par son accès à la santé et aux opportunités économiques, la capitale française, elle, peine encore en matière d’opportunités culturelles, domaine pour lequel elle n’apparaît qu’en 11e position. Paris se place en revanche 2e pour l’accès aux soins proposés des femmes, et au 4e meilleur rang en ce qui concerne les opportunités économiques et les violences sexuelles.

Le classement des 19 mégapoles, de la plus dangereuse pour les femmes à la moins dangereuse :

19) Le Caire (Égypte)

18) Karachi (Pakistan)

17) Kinshasa (République démocratique du Congo)

16) New Delhi (Inde)

15) Lima (Pérou)

14) Mexico (Mexique)

13) Dhaka (Bangladesh)

12) Lagos (Nigéria)

11) Jakarta (Indonésie)

10) Istanbul (Turquie)

09) São Paulo (Brésil)

08) Buenos Aires (Argentine)

07) New York (États-Unis)

06) Manille (Philippines)

05) Shanghai (Chine)

04) Moscou (Russie)

03) Paris (France)

02) Tokyo (Japon)

01) Londres (Royaume-Uni)

Les transports publics, cette « no-go » zone pour les femmes

En France, mais surtout à Paris, les transports publics restent une zone de « non-droit » pour les femmes confrontées en permanence aux incivilités si ce n’est pas pire !

Là aussi, certains chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • On compte 40 % de femmes dans les transports publics en France mais seulement 10 à 15 % aux postes de direction.
  • Autre point faible : sur 100 utilisateurs d’Autolib’, seuls 36 % sont des femmes. Une proportion que la Ville de Paris aimerait améliorer. Réponse d’un cadre du groupe Bolloré lors du colloque « Femmes et transports » : « C’est normal, le parcours client est trop compliqué ».
  • Sur les 303 stations de métros parisiennes, seulement une porte un nom féminin : Louise Michel (1830 – 1905), institutrice, militante anarchiste, franc-maçonne, féministes et l’une des figures majeures de la Commune de Paris.
  • Face à ce constat, la ville de Paris a insisté pour que les femmes soient majoritaires dans les noms de station du tramway T3 : l’athlète Colette Besson, la figure des droits de l’Homme Rosa Parks, l’actrice Delphine Seyrig…

En 2015, la RATP jetait un pavé dans la mare en affirmant que 100 % des femmes qui prenaient les transports parisiens avaient déjà été victimes de harcèlements sexuels : mains aux fesses, insultes, regards libidineux, frotteur…

Et c’est sans compter sur le manspreading, cette pratique masculine qui consiste à s'asseoir en écartant les cuisses sans pour autant avoir la volonté ou la conscience d’harceler qui que ce soit ! Mais difficile alors de pouvoir s’asseoir à leurs côtés car, par cette pratique, ils limitent ainsi l’accès aux sièges d’à-côté !

Et malheureusement, dans la plupart des cas d’agression, les jeunes filles sont particulièrement concernées : dans 50 % des cas, la première agression a lieu avant 18 ans selon le rapport du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes, qui a interrogé en mars 600 femmes vivant en banlieue parisienne en 2015.

En mars dernier, le métro de Mexico innovait en incitant les hommes uniquement à s’asseoir sur un siège intégrant un pénis moulé pour leur faire comprendre ce que subissaient 9 femmes sur 10 selon une campagne du métro mexicain. Et la ville a pourtant déjà mis en service un wagon réservé aux femmes aux heures de pointe… Mais cela ne suffit pas !

Heureusement, des solutions existent et les villes aussi s’emparent du sujet pour lutter contre le harcèlement de rue et dans les transports.

Le saviez-vous ?
Vienne, la capitale autrichienne, fut ainsi il y a trente ans la première ville à s’intéresser à la question du genre. Un service entier est ainsi spécialisé dans l’urbanisme et le genre. Le budget de la municipalité est partagé à parts égales entre les hommes et les femmes. La signalétique s’est féminisée, les terrains de sport ne sont pas grillagés, la luminosité des espaces publics étudiée à la loupe.